Patrimoine à protéger par les communes

Les résultats du travail de repérage du patrimoine bâti doivent faire partie intégrante de l'étude préparatoire devant précéder les nouveaux plans d'aménagement généraux des communes.

 

Un repérage réussi suivi d'une protection communale du patrimoine non moins réussie ont pu être réalisés dans la commune de Betzdorf avec le concours du SSMN.

Ce travail est illustré par un film produit par le SSMN pour les Journées du Patrimoine 2012.

Il y a 107 conservateurs du patrimoine architectural dans notre pays; c’est le Ministre de la Culture et les 106 bourgmestres avec leurs conseils échevinaux. En effet, considéré nos dispositions constitutionnelles, légales et règlementaires, la protection juridique de ce qu’on veut sauvegarder comme bâtiment est un acte politique, au niveau national et communal. Pour bien l’accomplir, il faut l’expertise, la volonté et, souvent, le courage. Car protéger, c’est aussi interdire, en tout cas limiter les droits des propriétaires sur leur immeuble.

L’expertise est le point de départ de la protection, si elle se veut cohérente. Des critères de repérage scientifiquement établis sont indispensables notamment comme gage d’objectivité. Puis, par des analyses de terrain, des inventaires bien étoffés peuvent être réalisés. Au vu de tout ce qui a été identifié et décrit, des propositions solides, raisonnées et argumentées, peuvent être établies pour convaincre les décideurs à protéger. Elles serviront également les citoyens appelés à les comprendre voire, le cas échéant, les tribunaux amenés à les réexaminer. (cf La protection du patrimoine architectural par les plans d'aménagements généraux et les critères servant de répérage de ce patrimoine)

Avec cette stratégie, le Service des sites et monuments nationaux (SSMN) est parti en mission il y a quelques années. Il a eu comme associé l’immense majorité des communes du Grand-Duché. Au cours de plus de 500 repérages, entrevues et réunions, pendant lesquels les experts du SSMN ont côtoyé bureau d’études, architectes et techniciens communaux ainsi que grand nombre de responsables politiques, les immeubles dignes de protection de notre pays ont été répertoriés. Ces résultats servent l’étude préparatoire que les communes doivent confectionner afin de pouvoir définir, dans leur plan d’aménagement général (PAG), quels bâtiments, qui présentent un intérêt local, sont protégés et de quelle manière. 

Depuis 2006, des dizaines de milliers de bâtiments ont été identifiés comme ayant forgé l’identité et la mémoire de nos villes et villages, présentant ainsi du moins un intérêt local de sauvegarde. Certains, point beau et loin d’être des prouesses architecturales, racontent l’histoire des lieux qui les ont vu naître. Grâce aux souvenirs de beaucoup de gens du terrain, présents lors des repérages, cette qualité des édifices a pu être élucidée. Aussi, le critère de l’histoire sociale et locale a-t-il pu être respecté et appliqué dans la découverte du patrimoine.

En possession du résultat de toutes ces recherches, analyses et réflexions, menées souvent en groupe élargie, associant SSMN et responsables communaux, ces derniers sont aptes, maintenant, à accomplir l’acte politique, c-à-d choisir quoi et comment protéger par le PAG. Pour l’écriture des servitudes devant greffer des immeubles protégés, le SSMN a préparé, avec les bureaux d’études chargés par les communes, des textes prêts à l’emploi. Ces règles disposent expressément que les bâtiments à sauvegarder peuvent être transformés, de manière douce et réfléchie, ceci afin de ne pas altérer outre mesure leur substance historique. Bien entendu, ces édifices doivent pouvoir servir au logement, au travail, aux activités sociales et culturelles. Avec les conseils du SSMN et des aides financières du Ministre de la Culture, les transformations doivent pouvoir marier respect et restauration de l’ancien avec de nouvelles exigences. Ainsi, le patrimoine bâti restera en place tout comme il restera utile.

Au niveau communal, la volonté politique de protection a pu s’exprimer clairement auprès des 16 communes qui ont déjà refait leurs PAG respectifs. Le tableau ci-après retrace cette volonté:

 

Commune

Repérage /Inventaire

Protection via PAG

bâtiments repérés

bâtiments effectivement protégés

Berdorf

37

32

Betzdorf

96

96

Consdorf

57

55

Contern

106

96

Dippach

77

74

Esch-sur-Sûre*

190

180

Grosbous

37

31

Käerjeng

292

179

Mamer

75

68

Lac de la Haute-Sûre

72

67

Nommern

66

66

Redange/Attert

118

118

Reisdorf

31

33

Useldange

134

134

Wiltz*

75

80

Winseler

56

51

TOTAL

1519

1360

     

 

* Dans ces deux communes fusionnées, uniquement les anciennes communes d'Esch-sur-Sûre et d'Eschweiler disposent d'un nouveau PAG.

Après les hésitations, voire craintes des responsables communaux, parfois légitimes et souvent surfaites, ces résultats tangibles pour la protection concrète du patrimoine bâti nous semblent excellents. Toutes ont eu l’audace et la perspicacité que notre patrimoine réclame.

Dans le ferme espoir de voir les autres communes du Luxembourg s’inspirer de ces bonnes augures, considéré les protections déjà en place sous l’égide des PAG à refaire (dont celui de la Ville de Luxembourg qui protège beaucoup mais pas assez), nous sommes confiants que nos démarches communes opérées depuis quelques années peuvent atteindre le seul but valable, à savoir la protection efficace du patrimoine bâti, qu’il soit local ou national. Car nombreux sont les dangers qui le guettent et qui, malheureusement, le font encore disparaître. En effet, insensibilité, mauvais goût et goût du profit peuvent avoir raison de notre patrimoine architectural si les pouvoirs publics ne font pas valoir l’intérêt public.

Ce droit et cette obligation d’intervention, devenus jadis instruments politiques, trouvent leur meilleure cause dans les écrits de Victor Hugo, qui, dans son Pamphlet pour la sauvegarde du patrimoine s’élance ainsi : « Il y a deux choses dans un édifice, son usage et sa beauté ; son usage appartient au propriétaire, sa beauté à tout le monde ; c’est donc dépasser son droit que le détruire ». 

 

Bollendorf-Pont
Bollendorf-Pont (Commune de Berdorf); maison protégée au niveau national et communal
Erpeldange
Erpeldange (Commune d'Eschweiler); fermette protégée au niveau communal
Eschweiler
Eschweiler (Commune d'Eschweiler);moulin protégé au niveau national et communal
Berdorf
Berdorf (Commune de Berdorf);école protégée au niveau communal
Mensdorf
Mensdorf (Commune de Betzdorf); fermette protégée au niveau communal
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